Crans-Montana, une station née d'une ordonnance médicale
Il y a un siècle et demi, ce versant était un alpage. On y montait l'été avec les troupeaux, on redescendait à l'automne dans les villages du coteau, et personne n'aurait songé à y passer l'hiver. Ce qui a tout changé n'est ni le ski ni le tourisme : c'est la médecine. À la fin du XIXe siècle, les médecins européens se mettent à prescrire l'altitude — et ce plateau exposé plein sud, sec et ensoleillé, se révèle idéalement placé.
Avant la station : les villages du coteau
La vie s'organisait plus bas, dans les villages viticoles et agricoles du versant, entre la plaine du Rhône et la forêt. Le plateau qui porte aujourd'hui la station servait de pâturage d'été. Cette origine se lit encore dans la géographie communale : les noyaux villageois anciens sont en dessous, la station est au-dessus, et les deux ne se ressemblent pas — voir notre présentation des secteurs.
La cure d'altitude
À partir de la fin du XIXe siècle, l'air sec et le fort ensoleillement d'altitude sont recommandés dans le traitement des affections respiratoires, la tuberculose au premier chef. Des sanatoriums s'ouvrent sur le plateau, puis des hôtels destinés à accompagner les patients et leurs familles.
C'est un point souvent oublié, et pourtant décisif : le premier bâti de la station n'est pas un bâti de loisirs, c'est un bâti de soin. Il en découle deux caractéristiques durables — des constructions pensées pour le soleil, avec de grandes façades sud et des balcons profonds, et une clientèle internationale présente dès l'origine.
1911 : le funiculaire, et la station devient accessible
Tant qu'il fallait monter à pied ou en attelage depuis la vallée, le plateau restait difficile d'accès. La mise en service, en 1911, du chemin de fer reliant Sierre à Montana et Crans change complètement la donne. La station est désormais reliée au réseau ferroviaire suisse, et donc à l'Europe.
C'est le moment où le tourisme de villégiature prend le pas sur le tourisme médical. Les hôtels se multiplient, les infrastructures suivent, et le plateau se met à ressembler à une station.
Le golf, puis le ski
Un golf est aménagé sur le plateau au début du XXe siècle, à l'initiative de la clientèle britannique déjà présente pour la cure. Il devient l'un des marqueurs identitaires de la station, et accueille depuis la fin des années 1930 un tournoi international qui se tient encore aujourd'hui — c'est ce qui a fait de Crans-Montana une destination d'été autant que d'hiver, bien avant que ce ne soit une stratégie.
Le ski s'installe ensuite, et l'essor est celui de toutes les Alpes suisses : remontées mécaniques, extension du domaine vers les hauteurs, jusqu'au glacier. La station accueille des compétitions internationales de premier plan, notamment des championnats du monde de ski alpin en 1987, qui accélèrent l'équipement et la notoriété.
Les décennies de construction
De l'après-guerre aux années 1980, le plateau se couvre d'immeubles, de chalets et de résidences. C'est la période qui a produit l'essentiel du parc actuel — et qui explique l'enjeu contemporain de la rénovation : ces bâtiments arrivent aujourd'hui en fin de cycle technique, dans un contexte où l'on ne peut plus les remplacer par du neuf. Voir notre page PPE et charges.
C'est aussi cette période qui a nourri le débat national sur les résidences secondaires et les « lits froids » — un débat dont Crans-Montana a été l'un des cas d'école, et qui a abouti au vote de 2012.
2017 : une commune enfin unique
Pendant plus d'un siècle, la station a vécu une situation administrative singulière : un lieu unique dans l'esprit du public, partagé entre plusieurs communes du versant, chacune avec ses règlements, ses taxes et ses priorités. La fusion, entrée en vigueur en 2017, crée la commune de Crans-Montana telle qu'elle existe aujourd'hui.
C'est une étape récente, et elle est encore visible : dans le vocabulaire local, dans les noms de secteurs, dans les annonces immobilières qui désignent parfois un même bien par son village d'origine et parfois par le nom de la station.
Ce que l'histoire a laissé sur le terrain
- Un urbanisme orienté au soleil, hérité du bâti de cure : grandes façades sud, balcons profonds, recherche de l'ensoleillement d'hiver. C'est resté le premier critère de valeur — voir notre page sur la vue et l'exposition.
- Une clientèle internationale ancienne, présente depuis les sanatoriums, et non arrivée avec le ski.
- Deux saisons pleines, conséquence directe de l'installation précoce du golf.
- Un parc bâti des décennies de développement, dont la rénovation est aujourd'hui l'enjeu central.
- Une commune jeune sur un territoire ancien, avec des secteurs qui ont gardé leur identité villageoise.
C'est cet héritage, autant que la géographie, qui explique la physionomie actuelle du marché — voir notre observatoire du marché 2026.
Page d'information historique, état en août 2026. Sources : Dictionnaire historique de la Suisse, archives et administration de la commune de Crans-Montana, documentation des compagnies de transport régionales, canton du Valais.
